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Grève des enseignants-chercheurs…pour quelles raisons ?


Le décret sur la réforme du statut des enseignants chercheurs a provoqué une
réaction d’hostilité importante de certains universitaires. Malentendu ou réelle
opposition sur la conception du métier d’enseignants-chercheurs en 2009?

Valérie Pécresse a proposé une réforme du statut des enseignants-chercheurs qui vise à reconnaître toutes les activités professionnelles des universitaires: la recherche, la formation dont l’enseignement à distance via internet, la valorisation de la recherche, l’orientation et l’insertion professionnelles des étudiants etc (voir Article 3 du décret). Aujourd’hui seul l’enseignement devant des étudiants est pris en compte pour l’évaluation des profs de fac. La Ministre propose de définir un statut des enseignants-chercheurs plus proche de la réalité du monde de l’université en 2009 et dans la continuité de la réforme de l’université.

Plusieurs articles du décret opposent le ministère aux universitaires grévistes et mécontents dont celui portant sur la modulation du service d’enseignement des profs de fac par le président de l’université concernée. Cette modulation permettrait d’alléger la charge d’enseignement au bénéfice du travail de recherche d’un enseignant-chercheur. A l’inverse les enseignants-chercheurs craignent de voir leur charge d’enseignement augmenter si leur recherche n’est pas jugée satisfaisante.

Or le décret prenant en compte toutes les charges d’enseignement, la modulation du service ne peut se réduire à un principe de vases communicants entre l’enseignement en classe d’une part et les activités de recherche d’autre part. En réalité cette modulation se fera entre toutes les activités des enseignants-chercheurs, dont la vulgarisation scientifique, l’enseignement en ligne et les tâches administratives par exemple.

Mais voilà pour moduler les services, il faut évaluer. Pour les universitaires mécontents, le texte donne un pouvoir trop important au président d’université pour évaluer et donc moduler le service des enseignants. Le texte prévoit pourtant une évaluation par le Conseil national des universités, une instance indépendante composée des « pairs ». La ministre a d’ailleurs précisé que cette modulation visait à atteindre un équilibre entre les services d’enseignement et les travaux de recherche.

Alors malentendu ? Sans doute. Mais ce malentendu révèle au fond une opposition sur la conception du métier d’enseignant-chercheur. Activité de recherche au service d’un enseignement de grande qualité de tous les savoirs pour les universitaires. Avec la responsabilité de former 1,7 millions d’étudiants pour le monde du travail dans sa globalité, l’activité d’enseignant-chercheur devient un véritable défis pour l’université de 2009. Une tâche conséquente qui mérite un soutien proportionné du ministère.

recherche-innovation@jeunesactifs-ump.org

 

admin, le 4 février 2009


Un commentaire à “Grève des enseignants-chercheurs…pour quelles raisons ?”

  1. <> J’y vois plutôt de la malhonnêteté ou de l’incompétence de la part du gouvernement (cette réforme ne peut avoir pour objectifs ceux qui sont annoncés).

    Je reproduis ici un billet que j’ai maintenant laissé trainé sur 3 sites. Je n’ai jamais eu de retour satisfaisant de la part de quelqu’un de l’UMP… J’espère en avoir ici.

    Je suis maitre de conférence en mathématiques. Je pense faire partie de ces enseignants-chercheurs qui n’ont parait-il rien à craindre de cette réforme. J’y suis portant très fortement opposé. Je ne veux pas donner d’arguments trop idéologiques ni trop politiques. Je ne veux même pas approfondir le fait qu’une possibilité de modulation cumulée avec une diminution du nombre de postes semble plutôt indiquer un souci d’économie qu’un souci de favoriser la recherche ou de rendre plus attractives les carrières. Et, surtout, j’éviterai de parler du discours insultant et rempli de demi-vérités (un euphémisme) de Nicolas Sarkozy le 22 janvier.

    J’aimerais par contre (je suis sincère) connaître vos contre-arguments face à l’argument technique suivant (un argument parmi beaucoup d’autres). Je me permet de reproduire un billet que j’ai déjà posté il y a quelques temps sur ce site (et sur d’autres d’ailleurs).

    Résumé : sanctionner les chercheurs peu productifs rend-il la recherche plus efficace ? Je suis convaincu que non.

    Je pense que ce qui dérange beaucoup de personnes, c’est qu’il existe des chercheurs fonctionnaires qui ne cherchent plus (ça existe effectivement et c’est pénible) ainsi que des chercheurs fonctionnaires qui ont été recrutés à tort (ça existe aussi).

    Cependant (et c’est là le point délicat), imposer des évaluations régulières et détériorer les conditions de travail du chercheur en cas d’évaluation négative n’est pas une bonne solution pour la recherche (et donc pour le contribuable, qui finance tout cela).

    Admettons qu’il y ait 20% de chercheurs incompétents ou oisifs (c’est une surévaluation de ce que je vois autour de moi). Les 80% restants sont compétents et travailleurs. Si ces 80 % de chercheurs gardent leur travail et leurs moyens pour travailler même s’ils ne trouvent rien alors ils peuvent consacrer tout leur temps à faire de la bonne recherche. Grosso-modo une efficacité de 80%. Ce n’est pas 100%, mais peut-on faire mieux ?

    Admettons que vous cherchiez à régler le problème de ces oisifs ou incompétents. Vous décidez de baisser les financements des chercheurs les moins productifs. Vous décidez également de faire enseigner davantage les enseignants-chercheurs peu productifs (et donc de réduire le temps qu’ils peuvent consacrer à la recherche). Si vraiment ils ne produisent rien, vous les virez. Que se passe-t-il ?

    Les 80% des chercheurs précédents vont devoir « prouver qu’ils font de la recherche mieux que les autres » (ou, plus exactement, le faire croire). Et c’est très différent de « faire de la recherche ». Cela veut dire :

    - dès que le chercheur a une vague idée qui pourrait être publiée, il va le faire, même si l’idée n’est pas vraiment intéressante. Conséquence : perte de temps pour lui (rédiger un papier sexy avec une idée sans intérêt, ça prend du temps) ; perte de temps pour les arbitres des journaux auxquels il va soumettre ce papier (ce qui feront bien leur travail rejetteront le papier, cela leur prendra du temps ; les autres l’accepteront peut-être) ; perte du temps pour les chercheurs qui liront ensuite le papier publié en pensant y trouver des idées etc.

    - si vous avez une idée qui pourrait débloquer votre collègue de bureau, il est peut-être plus sage de ne pas la lui donner : il pourrait ainsi avoir une publication de plus et donc enseigner moins, vous condamnant à enseigner plus et donc à chercher moins…

    - si le chercheur doit choisir entre un projet intéressant (et donc dont il ne connait pas l’issu) et un projet qui aboutira avec certitude à une publication (et donc un projet inintéressant – au moins pour ma discipline, mais sans doute pour beaucoup d’autres) il aura tout intérêt à choisir le deuxième. Au mieux, il travaillera sur le premier pendant deux ans, puis, la date de l’évaluation approchant, il passera au deuxième sur les deux années suivantes s’il n’a pas aboutit (les deux dernières années sont donc perdues pour la recherche…).

    Pour améliorer l’efficacité de la recherche, vous pouvez ajouter une autre idée : réserver les financements à des projets séléctionnés. Conséquences :
    - vos chercheurs passent maintenant du temps à écrire des projets (il faut le faire soigneusement pour être sélectionné). Dans certaines disciplines, vous trouverez des chercheurs affirmant passer la moitié de leur temps à cela (chercher de l’argent).
    - les chercheurs les plus brillants passent de plus du temps à évaluer le projet des autres…

    Cumulez tous ces temps passés à prouver que l’on fait de la bonne recherche ou que l’on va faire de la bonne recherche. Constatez que cela n’est pas de la recherche. Demandez-vous maintenant si l’efficacité est supérieur à 80%. Je suis convaincu que non.

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